Le beau-frère du petit Nicolas Sarkozy impliqué dans une histoire pas très nette : la vente de la Salle Pleyel

Le Monde du 30 mars raconte une histoire croustillante qui suppose de drôles de pratiques dans la famille Sarkozy au moment de la vente de la Salle Pleyel. L’article de Jacques Follorou Questions sur le rôle d’un beau-frère de M. Sarkozy dans la vente de Pleyel tend à démontrer le passage en force du cabinet Sarkozy (alors au Ministère des Finances) dans cette affaire au bénéfice d’un membre de la famille de la mère matrone Cécilia Sarkozy. Une affaire qui n’a pas le relent de cette exigence de l’Etat que ne cesse de prôner le petit Nicolas Sarkozy dans ses discours et apparitions publiques. Et si Le Canard Enchaîné et d’autres enquêtaient sur cette affaire plus avant qui ne fait pas encore la une des médias ?

« Rouverte le 1er septembre 2006, la Salle Pleyel, haut lieu de la musique parisienne, est un succès. Les mélomanes savent moins que son acquisition par l’Etat, en 2004, a laissé un souvenir très mitigé au ministère des finances, dirigé par Nicolas Sarkozy de mars à novembre 2004.

Le vendeur a réalisé une belle affaire. Hubert Martigny, cofondateur d’Altran, société de conseil en haute technologie, l’a acquise pour 9 millions d’euros en 1998. Quand il la cède, en 2004, à l’Etat, par le biais d’un bail assorti d’une cession à terme, il valorise son actif à près de 90 millions d’euros après avoir fait 33 millions d’euros de travaux.
 
« L’Etat a été pris en otage par un contrat qui a été modifié après mon départ du ministère de la culture », assure, pour sa part, Jean-Jacques Aillagon, initiateur du projet Pleyel, mais absent de sa finalisation après avoir quitté le gouvernement en mars 2004.

Un membre du service des Domaines, à Bercy, chargé de l’immobilier de l’Etat, opposant à cette opération, relate aujourd’hui « un passage en force du cabinet Sarkozy ». Et la récente découverte de la présence du beau-frère de M. Sarkozy dans le montage de l’affaire alimente les interrogations.

« Je m’occupais de l’ingénierie financière du projet, affirme au Monde Christian Ciganer, frère de Cécilia Sarkozy. J’ai travaillé avec le ministère de la culture, mais je n’ai pas évoqué ce dossier avec M. Sarkozy, cela aurait été déplacé en termes de compétences. » « Je ne savais pas, jure Claude Guéant, alors directeur de cabinet de M. Sarkozy, que M. Ciganer travaillait sur ce dossier. »

Quand M. Martigny acquiert la Salle Pleyel en 1998, la gestion se révèle plus complexe que prévu : il faut rénover l’acoustique ; l’Orchestre de Paris, locataire, entre rapidement en conflit avec son épouse, nommée gérante de la salle ; des professionnels résidents ne paient pas leurs loyers. En 2002, M. Martigny jette l’éponge et veut céder Pleyel à l’Etat. M. Ciganer est embauché par Arnaud Marion, l’homme de confiance de M. Martigny.

En décembre 2003, un protocole d’accord est signé entre M. Aillagon et M. Martigny : l’Etat sera locataire pendant vingt ans pour un loyer annuel de 1,8 million d’euros et le vendeur doit réaliser 20 millions d’euros de travaux pour livrer une salle de niveau international. « A ce stade, avec un bail de vingt ans, assure Guillaume Cerruti, directeur de cabinet de M. Aillagon, passé à la tête de la direction de la concurrence à Bercy, l’Etat faisait une bonne affaire. »

Après quelques doutes, son successeur, Renaud Donnedieu de Vabres, reprend les négociations avec l’équipe Martigny. « La mise en examen de M. Martigny (le 19 juillet 2004, dans l’affaire des comptes d’Altran) a troublé les pouvoirs publics, mais (le ministère de) la culture devait trouver un lieu pour l’orchestre de Paris, en pleine ébullition », rapporte le directeur général de la Cité de la musique, Laurent Bayle, dont dépend aujourd’hui la Salle Pleyel.

Bercy résiste. La mission interministérielle de valorisation du patrimoine immobilier de l’Etat (Mivpie) s’émeut, alors, « du problème de la valorisation du bien acquis par l’Etat », note son délégué général, Jean-Pierre Lourdin.

Selon M. Guéant, les Domaines, la Mivpie, la direction du budget et les affaires juridiques s’inquiétaient des termes du contrat. Ils refusent d’entériner le fait que le loyer payé par l’Etat serve à réhabiliter la salle de concert mais aussi les bureaux qui y sont attachés.

Le loyer de ses bureaux de grand standing sera perçu par le seul bailleur. « Soit 1,5 million d’euros par an et des loyers non capés », relève M. Ciganer. L’Etat ne touche pas un euro de loyer sur un immeuble dont il paye la rénovation : les travaux de la salle de concert sont donc de fait à la charge du locataire.

« Pour nous aussi, la pression était maximale, dit M. Marion. Nous avons signé, le 16 juillet, le contrat de promotion immobilière sans avoir signé avec l’Etat et, le 19, M. Martigny était en garde à vue. »

Le ministère de la culture tente de passer en force et adresse à M. Sarkozy une demande de « passer outre » l’avis des services des finances. Pour y répondre, M. Guéant convoque, le 17 septembre 2004, les services récalcitrants qui réitèrent leur opposition.

M. Sarkozy, arguant de l’urgence du déblocage, donne son feu vert, le 22 septembre, à la faveur d’un argument qui fait fléchir les Domaines. « Nous avons trouvé la solution, se félicite M. Ciganer, en cédant le tout pour 1 euro au terme d’un bail de cinquante ans, l’Etat devenait propriétaire et pouvait donc assumer les travaux. »

Jamais l’Etat n’a signé de bail aussi long et le prix payé sera encore plus lourd lorsque M. de Villepin annoncera, en 2006, la création d’une grande salle de concert à Paris ; Pleyel perdant, alors, de sa valeur marchande.

« Il était impératif que Pleyel rouvre ses portes, tranche M. Guéant, et que Paris retrouve son standing en matière de salle de concert, la modification des termes de la négociation a permis de débloquer la situation. » »

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